Le programme du Dôme

Badge : Reconnaissance des publics et acteurs

Crédits : Ellen Munro (FlickR, Licence CC).

Article du 27 juin 2017

Dans le cadre des JIPN 2017, Le Dôme accueille et participe à un atelier sur les badges. L’occasion de préciser en 5 points en quoi ce concept constitue un outil incontournable pour mener à bien les missions d’un établissement tel que Le Dôme.

Il faut parfois traverser des océans pour rencontrer ses voisins. C’est ainsi que nous avons découvert la dynamique “Badgeons la Normandie” à Montréal lors d’une présentation de l’association “Communautique” organisée dans le cadre des “Open LivingLab Days” du réseau européen des LivingLabs (ENoLL).

Concrètement, un badge permet de reconnaître des apprentissages, des compétences, des participations, des réalisations, des rôles ou des personnes. Il permet aussi de connecter de nombreuses informations : une compétence avec des personnes, des ressources pédagogiques, des connaissances, des lieux, ... C’est un objet technique simple qui peut être facilement mis en œuvre au niveau d’un enseignant, d’un parcours de formation, d’un établissement, d’un réseau de personnes ou d’un territoire.

Ce concept de badge apparaît donc clairement comme un élément de réponse pour plusieurs questions soulevées par le projet du Dôme. Comment témoigner d’un parcours de découverte et de formation de nos publics ? Comment faciliter l’utilisation en autonomie par nos usagers des outils et plateformes du Dôme ? Comment témoigner de l’éducation informelle dispensée au sein de notre programmation culturelle ? Comment donner à voir les compétences des différents réseaux auxquels nous contribuons ou que nous animons ? Comment assurer et maintenir la contribution individuelle dans des démarches collectives ?

Après avoir participé à la journée "Open Badge #2”, Le Dôme accueille et participe à un atelier sur les “badges” dans le cadre des Journées “Innovations pédagogiques normandes” (#JIPN17). L’occasion était idéale pour un Top 5 mettant en lumière la place que vont progressivement prendre les badges dans la programmation du centre de sciences.

#1 LET'S PLAY !

La référence populaire par laquelle il est le plus simple d’appréhender le concept d’open badge renvoie au ludique, à la récompense que l’on reçoit à chaque niveau d’un jeu vidéo. Alors certes, la programmation du Dôme vise essentiellement à permettre à la population normande d’entrer en dialogue avec les acteurs de la recherche et de l’innovation sur les enjeux de sciences et de société mais il n’en reste pas moins que nos propositions revendiquent également un caractère divertissant et renvoient régulièrement à la culture pop, nerd et geek.

Evènement

Ainsi, identifier ces publics récurrents au travers de badges, les challenger en les invitant à progresser au sein d’un parcours et leur permettre d’afficher leurs récompenses constitue un levier incontournable pour les faire participer. Cela vaut aussi pour nos partenaires ou les habitants du Dôme. Les badges incarnent ces récompenses et permettent d’animer le volet “gamification” de notre programmation.

#2 YES WE CAN !

Le Dôme dispose d’un atelier de fabrication numérique (FabLab). Cette plateforme technique nécessite d’acquérir un certain nombre de savoir-faire avant de pouvoir être utilisée en totale autonomie. Puisque le fondement du badge est d’attester de savoir-faire, il exprime tout son potentiel dans un tel espace.

Papier 2.0 : Documenter un projet

Ainsi, en ouvrant des droits spécifiques à certains de nos usagers récurrents, en permettant d’élargir progressivement les communautés actives du Dôme mais surtout en autorisant nos publics à accéder librement à nos équipements, sans mobilisation accrue de nos personnels, le badge semble incontournable pour assurer l’équilibre fonctionnel mais aussi économique du lieu.

Mais cette réflexion sur les savoir-faire ne concerne pas que les activité de type “makers”. En 2016, Carine Martin, étudiante en Master GREEN à l’Université de Caen Normandie, avait mené une première étude sur les activités LivingLab du Dôme. Celle-ci avait alors constaté que la professionnalisation et l’apprentissage constituaient les principaux leviers de participation des publics aux ateliers de co-construction.

On devine alors aisément comment la remise de badges au terme d’ateliers est un outil idéal pour attester de cet apprentissage. L'intérêt est d’autant plus fort, qu’à la différence des savoir-faire techniques, les activités d’idéation ou de créativité, prédominantes dans les projets LivingLab, relèvent davantage de savoirs et savoir-être.

Ces “Soft Skills” [qualités humaines non mesurables telles que la pédagogie ou la créativité, ndlr] constituent un territoire assez peu exploité. Il est pourtant essentiel dans la participation de populations en construction personnelle et professionnelle. Des expérimentations en ce sens sont déjà en cours en Normandie. Nous espérons pouvoir les enrichir et les compléter avec la programmation du Dôme.

#3 WE ARE TOGETHER

La programmation du Dôme est une invitation à “imaginer et faire”, en dialogue avec les acteurs de la recherche, de l’innovation, de l’économie et les collectivités locales. Les thématiques que nous explorons sont celles revendiquées par la recherche et l’innovation responsables (RRI) et les programmes Horizon 2020 comme porteuses de réponses aux enjeux de sciences et de société. Mais la réussite de cette programmation repose également sur la participation de communautés créatives et d’experts thématiques.

L’animation de ces communautés (artisans, makers, codeurs, doctorants et chercheurs, professionnels de l’innovation ouverte, …) constitue une activité largement explorée par Le Dôme et les centres de sciences Inmédiats. Ces réflexions ont d’ailleurs fait l’objet d’un MOOC dédié co-réalisé avec Le Dôme.

Atelier

En identifiant des individus aux centres d’intérêt et aux compétences communes, les badges constituent un futur outil supplémentaire d’animation de ces communautés. Les badges seront ainsi susceptibles de permettre à des personnes de s’identifier et, pourquoi pas, de se réunir. Ils pourraient mais aussi être mobilisés sur des projets collectifs où leurs compétences seraient une valeur ajoutée et un gage de réussite.

#4 WHAT DO YOU WANT ?

Le Dôme, et Relais d’sciences, sont à vocation régionale. Animateurs du réseau régional des acteurs de la culture scientifique et technique, nous sommes régulièrement sollicités pour répondre aux besoins des structures qui souhaitent mobiliser des expertises et des savoir-faire dans le domaine des sciences et techniques ou de la médiation culturelle. En intégrant une dimension géographique ou de géolocalisation au badge, il devient dès lors possible de créer une cartographie des personnes ressources et revendiquées comme telles par des acteurs régionaux qui souhaitent, peuvent ou ont vocation à mettre à disposition leurs compétences.

Et cette cartographie des compétences va au-delà du paysage de la culture scientifique. Concernant le territoire de Caen et de sa presqu’île, en écho aux dynamiques de Pôle territorial de coopération économique (PTCE) mais aussi du réseau des acteurs numériques initiés par la Station MIR dans le cadre du festival "Interstice", les badges seraient un outil structurant permettant de visualiser les complémentarités entre des acteurs et structures d’un même secteur professionnel.

#5 I BELIEVE I CAN FLY

La dernière piste, et peut être la principale qui nous motive à nous saisir des badges, se situe dans la reconnaissance des publics. Le Dôme revendique une volonté de s’adresser à des populations éloignées de l’action culturelle, a fortiori des sciences et techniques.

Hope & Bike : Premiers kits

Les enjeux de mixité sociale et de genres, de lutte contre l’exclusion et le décrochage scolaire, de l’insertion pour l’emploi et de la capacitation à agir de populations dites empêchées, sont présents depuis l’émergence du projet du Dôme. À la croisée entre un héritage issu de l’éducation populaire et un militantisme contre l’obscurantisme, nous avons conscience que la mise en mouvement de publics éloignés passe par la capacité de ces personnes à se reconnaître, de témoigner et revendiquer un parcours individuel et propre. Car un badge se revendique, il se réclame. Il n’est pas systématiquement transmis au terme d’une activité. Il implique que le bénéficiaire fasse le choix individuel de reconnaître son droit à disposer d’un badge.

Certes, les modalités de mise en oeuvre de ce dernier point sont encore à définir et nous ne prétendons pas disposer des clé de la réussite. Mais cela n’en diminue pas pour autant l’ambition que nous donnons à ce dispositif. Ambition d’autant plus nourrie que le territoire normand dispose déjà de l’expertise de pionniers en la matière.

ON THE ROAD AGAIN

Le Dôme est aujourd’hui en dialogue étroit avec les membres actifs de la communauté “Badgeons la Normandie”, en premier lieu le Centre d’éducation multimédia universitaire de l’Université de Caen Normandie (CEMU), le service “Communotic” de la Région Normandie et Philippe Petitqueux, Délégué régional au numérique à la DRAAF Normandie. Ils forment aujourd’hui un groupe de référence nationale sur le sujet des badges que Le Dôme souhaite rejoindre et soutenir avec ses propres problématiques et pratiques.

Nous avons surtout la conviction que les futurs usages de ces badges sont encore à imaginer, collectivement. Ils constituent même un potentiel outil d’évaluation de nos pratiques. À partir de la rentrée 2017, nous devrions donc diffuser nos premiers badges à nos publics, à titre expérimental, à l’occasion du festival “Living Labs”. Une autre expérimentation est également à l'étude avec la Fondation Orange dans le cadre du programme "FabLabs solidaires". Ces éléments sont la première étape d’un travail de fond dont nous espérons faire bénéficier nos publics, nos partenaires et pourquoi pas d’autres structures équivalentes au Dôme, en France ou en Europe.


Crédits : Ellen Munro (FlickR, Licence CC).

 


Le Dôme | Mise à jour : 2017-06-28 | Mise en ligne : 2017-06-27