Le blog du dôme

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Crédits : Relais d'sciences / G. Dupuy (2016)

Article du 16 mars 2016 au Dôme (Caen Normandie)

16 mars 2016. 200 lycéens sont présents au Dôme pour les rencontres Grand témoin. Après Cesar Harada, ce sont les membres de DataPaulette qui sont les invités de cette 5ème édition sur les objects connectés.

Un intervenant reconnu, une grande question et un public de lycéens : c'est le concept des rencontres "Grand témoin" lancées en 2012 par Relais d'sciences, la Région Normandie et le Rectorat de l'Académie de Caen dans le cadre des Parcours culturels scientifiques. Après l'inventeur et environnementaliste César Harada en 2015, les membres et fondateurs de DataPaulette sont les invités de cette édition 2016 consacrée aux objets connectés.



Tous les salons, la presse et les sites d'informations spécialisés nous prédisent un futur rempli d'objets connectés. De 2 milliards en 2006, le nombre d'objets connectés utilisés dans le monde est passé à 15 milliards en 2015. Et ce n'est qu'un début. Comme nous l'annonçait Jérôme Caudrelier lors de son intervention sur l’Internet des objets au Dôme en juillet dernier : selon les estimations, il faudra compter entre 30 et 212 milliards d’objets d’ici 5 ans, soit 26 objets par humain !

Cette expansion soulève de nombreuses questions de société qui méritent d’être partagées et débattues avec la population. Pour évoquer cette question, la Maison de la Recherche et de l’Imagination a accueilli 4 membres du collectif "DataPaulette" : Audrey Briot, Martin de Bie, Maurin Donneaud et Alice Giordani.

DataPaulette : l'atelier qui explore le textile

DataPaulette est né de la volonté de créer un espace entièrement dédié à l’expérimentation textile. Les projets qui émergent de cet atelier sont à la croisée de l’art textile, de la recherche scientifique et des technologies numériques. Ouvert et pluridisciplinaire, il accueille aujourd'hui tout un réseau de passionnés qui contribuent à faire évoluer des pratiques traditionnelles à travers une pratique de savoir-faire textiles, informatiques et électroniques.

Créé au début de l'année 2015 par un petit groupe pluridisciplinaire, DataPaulette est né de la volonté de créer un espace entièrement dédié à l'expérimentation textile comme le précise Maurin Donneaud, Designer industriel et co-fondateur de DataPaulette : "En 2010, j'avais co-fondé la Blackboxe, un laboratoire numérique ouvert (hackerspace) inspiré par le "/tmp/lab" de Vitry-sur-Seine. Peu à peu, je me suis rendu compte qu’il y avait une demande pour un espace exclusivement textile."

Conférence

Ouvert et pluridisciplinaire, DataPaulette accueille aujourd'hui au sein du Jardin d'Alice tout un réseau de passionnés (étudiants, artistes, entrepreneurs) qui contribuent à faire évoluer des pratiques traditionnelles au travers d'une pratique de savoir-faire textiles, informatiques et électroniques. "DataPaulette est avant tout un lieu de formation, de rencontre et d'échange" explique Martin de Bie, Professeur aux Arts décoratifs, aussitôt complété par Alice Giordani, Créatrice e-textile : "Au-delà des projets collectifs, chaque membre vient et poursuit ses propres projets. Les projets deviennent plus grands parce que nous pouvons en discuter avec les autres membres".

Inspiré de la culture des hackerspaces et autres FabLabs, DataPaulette s'inscrit dans une dynamique d'innovation ouverte : "Si on intègre de la technologie dans les textiles et que l'on explique comment on le fait, cela permet de comprendre comment cet objet fonctionne. En cela, nous luttons, un peu, contre l'obsolescence programmée" précise Martin de Bie.

Il était une fois…

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, l'histoire des textiles connectés a débuté il y a 60 ans. En 1956, l'artiste contemporaine japonaise Atsuko Tanaka fut l'une des premières à se saisir de cette thématique en présentant la "Robe électrique", une pièce de plus de 50 kilos constituée 200 ampoules de 9 couleurs différentes, de tubes peints et de très nombreux fils électriques.

Pendant 30 ans, designers et chercheurs du MIT MediaLab, se sont attelés à cette question de la miniaturisation des matériels. En 1997, Remi Post et Maggie Orth, créent la "Firefly dress and necklace" [Robe et collier lucioles, ndlr]. La batterie de la robe y est camouflée dans le collier et devient un élément esthétique à part entière. L'année suivante, ils vont encore plus loin avec la "Musical jacket", une veste intégrant un clavier musical brodé à l'aide d'un fil conducteur.

Conférence

Si ces technologies évoluent, elles restent difficilement accessibles au plus grand nombre. En 2006, la designer et ingénieur Leah Buechley, développe ainsi le LilyPad, un kit miniaturisé de construction pour textiles connectés, en collaboration avec SparkFun Electronics. Elle collabore également au "High-Low Tech", un groupe de recherche au MIT MediaLab.

Une étudiante de ce même groupe, Hannah Perner-Wilson, donne naissance au collectif "Kobakant" avec Mika Satomi. En 2009, elles lancent "How to get what you want", une plateforme web de partage de technologies "portables". Dans la même dynamique d'échange et de partage, le "e-Textile Summer Camp" réunit depuis 2011 une quarantaine de passionnés des textiles connectés pour partager les pratiques. Audrey Briot et Martin de Bie ont participé à l'édition 2015 : "Rien ne remplacera jamais le fait de se rencontrer pour discuter, échanger et pratiquer ensemble" indiquent-ils, "C'est ça le rôle de DataPaulette."

De la recherche à la haute couture

En plus des designers et des chercheurs, plusieurs stylistes se sont fait connaître pour leurs créations connectés.

Parmi eux, Anouk Wipprecht, la "it-girl des smart-textiles", comme la qualifie Alice Giordanie. Manager du Codame Labs, elle a notamment créée deux robes, la "Spider dress" et la "Smoke dress", capables de réagir au niveau de stress de la personne qui la porte à l'aide d'un capteur de pulsations cardiaques. En cas de monter de stress, chacune de ces créations déclenchent un dispositif de défense : une attaque de pattes d'araignée pour la première, un nuage de fumée pour la seconde.



Pauline van Dongen s'est spécialisée dans la mode durable. Elle a ainsi intégré des panneaux solaires dans des vêtements, la "Solar dress" et le "Solar shirt", qui permettent, par exemple de recharger un téléphone portable. La "Flip dot dress" est quant à elle dotée de billes contrôlées indépendamment qui réagissent à leur environnement (son). Dans le même esprit, Ricardo O'Nascimento a imaginé les chaussures "Sound steps" qui génèrent de la musique à partir des pas du porteur. La veste "Wearable facade" capte l'image de son environnement à l'aide d'une caméra et le reflète grâce à un système lumineux de plus de 500 LEDs.

Dans le domaine de la haute couture, le styliste turc Hussein Chalayan, aidé de l'ingénieur Moritz Waldemeyer, est reconnu pour ses créations expérimentales et conceptuelles entre design, architecture, critiques sociales, nouvelles technologies et mode. Sa collection automne/hiver 2007, "Airborne", comprenait notamment une robe composée de 15 600 ampoules LEDs.

Fashion Tech Showroom 2015 @ La Paillasse - Paris

Le travail d'Alice Giordani s'inscrit dans ce même courant. Elle a récemment lancé "Smooth wearable", un projet axé sur les technologies Wearable DIY. Elle s'attache à créer des ouvrages de technologies durables et innovantes. Sa dernière création, l'OceanDress, a été conçue dans cet esprit.

Des textiles actifs et réactifs

Spécialisé dans le design d’interaction et la programmation d’objets physiques, Maurin Donneaud se concentre depuis 10 ans sur le développement d'un tissu tactile, TextileXY, un "nouveau matériau" comme il le qualifie lui-même.

Conférence

Ce carré noir de 50 centimètres de côté est un mille-feuille de tissus conducteurs. Il constitue une surface souple, froissable et lavable sent la force qui lui est appliquée, si on le frotte, le caresse ou l’écrase. Si les connaissances acquises grâce à cette recherche ont d'ores et déjà été réutilisées par les membres du collectif DataPaulette dans la création d'une moquette connectée, les applications peuvent aller beaucoup plus loin : habillement et ameublement, consoles de jeu vidéo légères et accessibles à tous les âges, lits d'hospitalisation anti-escarres voire même peau de robot !

La connectivité et le respect du geste

Audrey Briot, Étudiante à l'École Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d'Arts (ENSAAMA), quatrième et dernière intervenante de cette rencontre "Grand témoin", s'inscrit dans une autre voie : déconnecter les textiles intelligents. À l'aide de vieilles machines à tricoter hackée, elle transforme ainsi une simple pièce textile en un support d'informations et de données que l'on va pouvoir extraire grâce à un autre terminal (QR Code, signal sonore) comme dans ses projets "Tricote ta tête" et "L'inapparent".

Conférence

En parallèle, elle recherche également les applications possibles des fils à mémoire de forme ou thermochromiques capables de réagir, sans technologie embarquée, à leur environnement. La jeune designer textile imagine ainsi des manches capables de se relever automatiquement en fonction de la température ambiante ou un t-shirt aux imprimés changeants selon la saison.

Une nouvelle approche de la notion de "textiles intelligents" qui séduit tout particulièrement Maurin Donneaud : "En rendant les textiles intelligents, les chercheurs et designers leur ont donné des fonctions qui vont à l'encontre de leur nature première et imposent un changement de statut au vêtement. Le travail d'Audrey et d'autres designers comme Claire Williams (voir ci-dessous), par exemple, permet de connecter le textile tout en respectant sa nature. Il défend également la place du technicien et du geste, maillon essentiel de cette industrie."


Le Dôme | Mise à jour : 2016-12-08 | Mise en ligne : 2016-03-16