Le blog du dôme

INTERVIEW > Eye sea, l'expérience de la seiche

Crédits : Relais d'sciences / M. Carre (2016).

Article du 2 août 2016

Plonger sous la mer et voir avec les yeux d’une seiche ? Ce projet inédit, né lors d’une journée de créativité au Dôme réunissant chercheurs et grand public, a reçu le Prix Musée Schlumberger 2016. Un prototype sera présenté à la Fête de la Science.

L’œil humain perçoit les couleurs, mais il est incapable de voir la lumière polarisée. À l’inverse, la seiche ignore les couleurs, mais détecte la polarisation linéaire de la lumière, ce qui lui permet d’améliorer sa vision des contrastes et, sous la mer, de repérer plus facilement ses proies. Les chercheurs du Groupe mémoire et plasticité comportementale (GMPc), le savent bien, eux qui étudient toute l’année le comportement de cet étonnant céphalopode. "Ce mollusque, cousin de l’escargot et de l’huître, est un modèle fascinant pour le chercheur, parce qu’il est capable de comportements complexes avec un cerveau relativement simple par rapport à celui des vertébrés", s’enthousiasme Anne-Sophie Darmaillacq. Maître de conférences en éthologie, elle travaille plus spécifiquement sur l’effet du stress prénatal sur le comportement et les capacités d’apprentissage des jeunes seiches. Le sujet peut intéresser les porteurs de projets éoliens et hydroliens en Manche et mer du Nord.

UNE PLONGÉE VIRTUELLE

Si le cerveau de la seiche fascine, il reste difficile à appréhender pour le grand public. La question a interpellé les chercheurs du GMPc qui ont accepté l’invitation de Relais d'sciences et de la Fondation Musée Schlumberger à participer à une journée de créativité en mode Living Lab, organisée dans le cadre du concours Têtes Chercheuses. "On avait une idée assez précise autour d’un dispositif de médiation scientifique sur l’univers sensoriel des animaux", confient Anne-Sophie Darmaillacq et sa collègue, Cécile Bellanger, Maître de conférences en neurosciences. "Au final, il a été complètement revisité. Les usagers se sont appropriés le sujet, tout en devenant des inconditionnels de la seiche !". Le concept et le nom (Eye Sea) sont issus de ce grand brainstorming collectif.

Lauréat du Prix Musée Schlumberger 2016, "Eye sea" est désormais en cours de développement avec So numérique, startup spécialisée dans les stratégies digitales pour la culture et le tourisme. "Le principe est de proposer une plongée sous-marine virtuelle, où le public va pouvoir vivre l’expérience de la seiche", précise Anne-Sophie Darmaillacq. "D’abord homme grenouille, il se rendra vite compte des capacités limitées de la vision humaine sous l’eau." Il lui sera ensuite proposé de voir avec les yeux de la seiche. C’est alors que tout s’éclaire. "Les crevettes posées sur le fond sableux deviennent luminescentes !".

BÊTA VERSION

Mieux encore, le dispositif permettra au public d’adopter le comportement de la seiche pour chercher ses congénères, se cacher et chasser ses proies, ou encore envoyer un jet d’encre. Une expérience inédite. Pour le moment, le projet est encore en développement. "So Numérique est venu observer les animaux à la Station marine de Luc-sur-Mer et nous lui fournissons toutes les données nécessaires pour recréer virtuellement l’environnement naturel de la seiche." Un congre, un crabe, un dauphin et quelques crevettes vont peupler ce bestiaire numérique.

Une bêta version sera soumise à des classes de collégiens et de lycéens lors du festival "Living Labs" au Dôme pour recueillir leurs réactions. Le projet devrait être finalisé en 2017. À suivre.


Propos recueillis par Marylène Carre.


Le Dôme | Mise à jour : 2017-01-25 | Mise en ligne : 2016-08-02