Le blog du dôme

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Crédits : DFID (Wikimedia, Licence CC)

Article du 23 janvier 2017 au Dôme (Caen Normandie)

Alors que le Réseau européen des Living Labs (ENoLL) vient d’annoncer que Cracovie accueillera les prochains “Open Living Lab Days”, retour en 5 points de ce que l’on retient de notre participation à l’édition 2016 de Montréal.

Les dernières rencontres internationales des Living Labs, les “Open Living Lab Days”, se sont tenues du 23 au 26 août 2016 à l’Université Concordia de Montréal. Outre les membres du Réseau européen des Living Labs (ENoLL), on pouvait également y croiser d’autres structures, collectivités ou agences de développement économique souhaitant se saisir ou confirmer leur implication dans cette approche.



Cette édition en terre francophone était l’occasion idéale de participer pour la première fois à ces rencontres. Avec la fin officielle du projet “Inmédiats”, cette participation était également l'opportunité de retrouver les partenaires de La Casemate (Grenoble) et de Cap Sciences (Bordeaux - Nouvelle Aquitaine) pour confirmer avec eux d’éventuels prolongements des collaborations engagées depuis 5 ans.

À peine arrivés, un premier constat s’impose à nous : nos structures font figure “d’électrons libres” dans ce réseau essentiellement constitué de représentants d’universités, de collectivités ou d’agences de développement économique. Finalement très peu d’acteurs à vocation culturelle et encore moins de centres de sciences, exception faite de la Société des arts et technologiques (SAT) et du Knowle West Média Center de Bristol. Outre les liens tissés avec certains participants, cet élément différenciant constitue le fil rouge de ce que nous retiendrons de cette semaine québécoise.

Synthèse sous forme d’un “Top 5” des éléments à retenir des échanges glanés, parfois en dehors des grandes temps formels de la manifestation, lors de ces riches rencontres.

#1 > Convergences des labs

ÉducLab, MédiaLab, DataLab, FabLab, LivingLab, … Aujourd’hui tout est “Lab”. Est-ce l’aveux inconscient d’une nécessité ou d’une difficulté, voire d’une incapacité, à définir, nommer ou formaliser les nouveaux modes de gouvernance, les solutions pour sortir de la crise, pour repenser la société, l’innovation collective et le vivre ensemble ? Est-ce le moyen le plus simple pour revendiquer l’expérimentation et se libérer d’une éventuelle contrainte à rendre compte de ses activités, à justifier d’errances ou de manque de lisibilité ?

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Face à cette dynamique des Labs (fonctionnant pour certains en silo, repensant souvent dans les même termes les finalités et modes de travail ou d’innovation), on a pu noter une revendication à voir apparaître des rapprochements entre Labs. Comment un MédiaLab ou un FabLab peuvent-ils s’articuler ou s’intégrer dans un programme LivingLab ? En quoi les méthodologies portées par les différents Labs peuvent-elles se compléter et s’enrichir ?

La convergence des Labs, une dynamique déjà pressentie par le consortium Inmédiats, apparaît donc comme une possible prochaine voie d’évolution des LivingLabs. Rien d’original puisque les LivingLabs relèvent d’une méthodologie, là où d’autres Labs sont davantage identifiés au travers d’une technique ou d’un savoir faire. La présence, en tant que co-organisateur de la manifestation, du Hub d’innovation ouverte “Communautique”, autant inscrit dans des pratiques de FabLab que de LivingLab n’est donc pas anecdotique dans cette évolution.

#2 > Quelle place pour l’action culturelle ?

La démarche LivingLab repose sur la participation d’usagers/citoyens à des démarches de co-conception et de co-prototypage de nouveaux usages et services mais cette participation ne se décrète pas. En parallèle, tout le monde peut constater que les pratiques culturelles sont la principale expression de l’engagement et d’une participation des individus. Exception faite de l’engagement politique ou militant, l’action culturelle est peut-être la seule en mesure de mobiliser des individus et de faire sens collectif.

Alors comment amener la participation de publics en mixant des activités LivingLab au sein d’opérations à caractère culturel ? Comment faire d’une démarche LivingLab un élément constitutif d’une pratique culturelle ? Dans quelle mesure l’angle de l’action culturelle peut-il faciliter la participation de publics éloignés de démarches d’innovation ouverte ?

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Cet angle de la manifestation culturelle comme levier de participation des publics, également revendiqué par les centres Inmédiats, émerge donc dans le réseau ENoLL. L’expertise développée par Le Dôme et ses partenaires pourrait donc être mise à profit de ce réseau. Les modalités de ce partage reste encore à définir et seront peut-être à mettre à l’ordre du jour d’une éventuelle participation aux “Open Living Lab Days 2017”.

C’est également en ce sens que Le Dôme dialogue aujourd’hui avec le "Wallonia e-health Living Lab" (WeLL), le premier LivingLab wallon dédié à l’e-santé, qui proposait un atelier sur le thème du handicap à Montréal. À la manière d’un M. Jourdain faisant de la prose sans le savoir, le WeLL y déployait une démarche expérimentale et des outils de vulgarisation sur les handicaps abordés, autant d’éléments en écho direct avec des pratiques traditionnelles en culture scientifique et technique et pourtant éloignés des pratiques originelles du WeLL. Quelques collaborations ont donc naturellement été enclenchées avec eux, notamment dans le cadre du programme sur le handicap et les nouvelles technologies développé par Le Dôme avec LADAPT et le CCAS de la Ville de Caen à l’occasion du festival “Living Labs 2016” et de la Semaine pour l’emploi des personnes handicapées (SEEPH).

#3 > Empowerment / RRI

La démarche Living Lab se réclame de l’innovation ouverte (open innovation). Si cette approche est propice à l’émergence de nouveaux projets, de nouveaux produits et de nouveaux services, c’est autant, si ce n’est davantage, son caractère “ouvert” qu’innovant qui inspire le réseau ENoLL. Comment permettre à une population large, aux futurs usagers et bénéficiaires des évolutions scientifiques et techniques de notre société, pourtant éloignés de leur conception et mise en oeuvre, de devenir des acteurs de ce changement ? Quels outils et démarches mettre en oeuvre pour assurer que la démarche Living Lab puisse légitimement se réclamer comme émancipatrice de la société civile ?

Aujourd’hui, le modèle CSA (Connaissance - Social - Affaire) est celui qui guide la sélection des projets accompagnés par Le Dôme : il est le prisme de traduction de la portée et de la valeur produite par notre activité. Ce concept d’empowerment, qui peut se définir comme le pouvoir d’agir des individus, pourrait donc être un volet d’interprétation de ces valeurs produites dans des projets portés les usagers.

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Il n’est également pas sans rappeler certaines dynamiques à l’oeuvre dans le courant de la Recherche et Innovation Responsable (RRI), ce "processus transparent, interactif, par lequel les acteurs sociaux et ceux de l’innovation sont mutuellement responsables les uns envers les autres, avec le souci de l’acceptabilité (éthique), de la durabilité, et de la désirabilité sociales d’un processus innovationnel et de ses produits commercialisables (en vue de permettre des avancées scientifiques et technologiques qui soient vraiment intégrées dans notre société)".

Aujourd’hui, la RRI se concentre autour de trois piliers fondamentaux : l’excellence scientifique, la primauté industrielle et la recherche de solutions aux défis sociétaux. Le Dôme est membre du hub RRI Tools qui a participé à définir et identifier des outils au service de cette démarche. Nous disposons d’une expertise sur cette troisième priorité qui positionne la recherche et l’innovation au sein des problématiques que rencontrent les citoyens au quotidien (tels que les enjeux liés à la santé, à l’agriculture durable, à l’énergie, aux transports, ...).

Dans cette optique, l’approche de la RRI repose sur quatre axes méthodologiques en écho direct avec les propositions du Dôme :

#4 > Réseau francophone LivingLab

Comme pour les FabLabs, la France est le pays européen qui héberge le plus fort contingent de LivingLabs. Ce n’est donc pas un hasard si la question de la francophonie est devenue un axe stratégique. Les dernière rencontres ENoLL ont donc été l’occasion de formaliser ce réseau sous le blason de “Francophonie Living Labs”.

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Cette dynamique bénéficie déjà de son rendez-vous et point d'ancrage à la Cité du Design (Saint-Étienne). Celle-ci accueillait à nouveau le réseau des LivingLabs francophones en novembre 2016 pour les Entretiens Jacques Cartier fraîchement rebaptisés “Rencontres francophones LivingLabs”. Outre le caractère identitaire, cette dimension francophone devrait accélérer la capacité des structures françaises qui souhaitent s’emparer de la démarche LivingLab à rentrer en dialogue avec des structures déjà expérimentées. Elle permet aussi d’identifier un réseau d’acteurs pour lesquels la barrière de la langue ne constituera pas un élément de ralentissement des projets.

#5 > Badges

Le projet Inmédiats qui a permis l’émergence du Dôme s’est construit en dialogue avec les 5 autres centres de sciences du réseau. Parmi les dispositifs développés à cette occasion, Cap Sciences a déployé un expertise, baptisée C.You, sur l’identification et l’accompagnement de ses visiteurs. C’est à leur invitation que nous nous sommes intéressés à l’atelier consacré aux badges par Geoffroi Garon-Épaule, Doctorant entrepreneur et Chercheur de l’association Communautique.

Merci à eux, car après trente minutes de présentation, il est clairement apparu que cette dynamique était un élément central pour de nombreuses questions encore en suspend au Dôme. Comment témoigner d’un parcours de découverte et de formation de nos usagers ? Comment valoriser la participation de chacun dans des démarches de co-construction ? Comment faciliter l’utilisation en autonomie par nos usagers des outils et plateformes du Dôme ? Comment témoigner de l’éducation informelle dispensée au sein de notre programmation culturelle ? … ?

Aujourd’hui, la réflexion autour des compétences acquises par les participants aux démarches LivingLab est engagée au Dôme. Une première étude menée en 2016 sur les activités LivingLab du Dôme ["La démarche LivingLab : une nouvelle approche participative pour un nouveau modèle de société" - Carine Martin, Master GREEN / Université de Caen Normandie], a ainsi montré que, outre le divertissement, c’est la professionnalisation et l’apprentissage qui constituaient les principaux leviers de participation des publics. Cette dynamique sera soutenue par les collaborations engagée avec le Centre d'enseignement multimédia de l'Université de Caen Normandie (CEMU) et devrait trouver une place au sein des prochaines Journées de l’innovation pédagogique normande qui se dérouleront en juillet 2017 au Dôme. Cette réflexion et nos expérimentations seront diffusées au sein du réseau ENoLL et viendront compléter celle engagées par La Casemate et Cap Sciences autour des FabLabs.

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En conclusion, la démarche LivingLab se caractérise au niveau international par une multidisciplinarité. En effet, chaque LivingLab se spécialise autour de questions liées à des enjeux sociétaux comme notamment les secteurs de la santé, du développement local, de la mobilité, ou de l’environnement. Néanmoins, il apparaît que les thématiques abordées par les LivingLabs se concentrent majoritairement autour de trois domaines :
Aujourd’hui les démarches LivingLab du Dôme s’inscrivent dans ces trois grandes thématiques. Mais elle s’inscrivent également dans les champs de l’innovation pédagogique, de la culture et, demain, de l’environnement. Si nous sommes conscient que nous avons encore beaucoup à apprendre des expériences LivingLab menées en Europe et au-delà, nous avons également la conviction que le caractère atypique du Dôme et ses expérimentations lui confère un statut inspirant et porteur de réponses pour les autres structures qui revendiquent cette démarche.


Crédits : UK Department for International Development (Wikimedia, Licence CC BY)


Le Dôme | Mise à jour : 2017-02-06 | Mise en ligne : 2017-02-07