HOPE & BIKE

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Article du 2 décembre 2014

Par le biais d'un sujet passionnant, l'électrification d'un vélo, Hope and Bike propose à des jeunes adultes issus de milieux défavorisés d'acquérir puis de transmettre des compétences et savoir-faire. Un projet à forte valeur sociale mais pas que.

Par le biais d'un sujet passionnant, l'électrification d'un vélo, “Hope & Bike” propose à des jeunes adultes issus de milieux défavorisés d'acquérir puis transmettre des compétences et savoir-faire en mécanique, électronique, conception et fabrication assistée par ordinateur. Un projet à forte valeur sociale mais aussi sociétale puisqu’il est question de rendre financièrement et techniquement accessible un moyen de transport propre allant dans le sens d'une mobilité douce à l'échelle urbaine et périurbaine. “Hope and Bike” favorise en cela la mobilité professionnelle de jeunes inscrits dans un processus d'insertion.



Bonjour Matthieu. On se retrouve aujourd’hui pour parler de “Hope & Bike”. Pour commencer, est-ce que tu peux nous expliquer comment t’es venue cette idée ?

Bonjour. Cela fait 2 ou 3 ans maintenant que l’on réfléchit à des pistes de partenariat avec Arnaud Cottebrune [Ex-Directeur de la Maison du Vélo, ndlr] mais nous ne trouvions pas “LA” bonne idée. Finalement, nous avons décidé de lister les activités développées dans nos structures pour identifier des points de rencontre et le sujet du vélo électrique est arrivé.

La Maison du Vélo dispose d’un service de location de vélos à assistance électrique (VAE). Ce service remporte un joli succès mais reste relativement coûteux. C’est là qu’est née l’idée de concevoir un kit d’électrification de vélo “low-cost”. Il y a là une histoire de technologie qui relève bien d’une dynamique FabLab. Sans parler de l’aspect sociétal du projet, très pertinent pour un centre culturel comme Relais d’sciences.

Nous avons donc l’idée. Comment est-elle devenue le projet dont nous parlons aujourd’hui ?

J’ai lancé un appel auprès des usagers du FabLab de la MRI. Plein de gens ont levé le doigt. On a donc organisé une première réunion de concertation. Tous les participants ont confirmé leur envie de s’associer au projet. Du coup, nous sommes très rapidement rentré dans le vif du sujet et nous nous sommes demandé ce qu’on pouvait attendre d’un kit d’électrification de vélo.

C’est-à-dire ?

Les membres du groupe ont tout de suite souligné que, pour que notre kit soit intéressant, il devait proposer quelque chose de plus que ceux que l’on pouvait déjà trouver sur le marché.

Comment avez-vous trouvé ce “quelque chose de plus” ?

Nous avons acheté un kit d’électrification que l’on a monté sur un vélo. Nous l’avons testé chacun notre tour pour identifier les points que l’on souhaitait améliorer. C’est comme ça, par exemple, que l’on s’est rendu compte qu’on ne pouvait pas installer le kit sur une roue avant. Au début, ça semblait une bonne idée vu la simplicité d’installation [absence de dérailleur, ndlr]. À l’usage, nous nous sommes aperçu que cela posait des problèmes de déséquilibre et d’adhérence dans les côtes. Pire, les fourches des vélos ne sont pas du tout conçues pour résister à cet effort. C’est ce que nous avons découvert quand un des membres du groupe est tombé suite à la casse de la fourche. Un accident heureusement sans gravité qui nous a aidé à trancher définitivement la question !

Au final, quelles vont être les caractéristiques du kit “Hope & Bike” ?

Pour la partie technique, ce que nous voulons avant tout c’est que le kit soit adaptable à tous les vélos mais aussi à d’autres engins roulants comme une trottinette ou un skateboard.

On s’est aussi dit qu’il ne fallait pas concevoir un kit monobloc mais plutôt un ensemble d’éléments. Cela facilitera la réparation du kit en cas de panne. Cela permettra également de greffer un de ces éléments sur un système existant.

Pour la partie électronique, l’idée est d’avoir un firmware [logiciel embarqué de contrôle de l’utilisation de l’énergie, ndlr] paramétrable. Les logiciels intégrés aux vélos électriques et aux kits du marché offrent des possibilités de réglage assez limitées. C’est un peu du tout ou rien. Le firmware de notre kit devra permettre des réglages plus fins pour s’adapter réellement aux besoins de l’utilisateur, qu’il soit en mode sport ou balade.

À ce sujet, on a d’ailleurs imaginé mettre en ligne une bibliothèque ouverte de logiciels préréglés. Les utilisateurs pourront venir y télécharger les versions correspondant à leur usage. Ils pourront aussi y déposer les leurs.

Les membres du groupe sont également attentifs au système de communication pour limiter au maximum le nombre de fils. Ils réfléchissent aussi à un module communicant pour assurer une liaison entre le kit et un smartphone pour un usage connecté. Les idées ne manquent pas !

Ce qui rend votre kit différent, c’est donc qu’il sera très modulaire et capable de s’adapter aux attentes des usagers.

Oui. Et puis il y a la question de l’énergie. C’est un élément déterminant quand on veut maîtriser le coût d’un kit [La batterie représente au moins 70% du prix d’un kit, ndlr]. Grâce au logiciel embarqué, l’utilisateur pourra paramétrer la puissance du système. Autrement dit, le kit pourra aussi bien fonctionner avec une batterie low-cost qu’haut de gamme. On peut aussi envisager d’utiliser une pile à combustible ou de l’air comprimé.

Et c’est là que la dimension “open source” prend toute sa valeur...

C’est vrai. Je ne l’ai pas encore précisé mais “Hope & Bike” va être documenté et mis à disposition de tous. D’autres personnes, où qu’elles soient, pourront se saisir de notre démarche soit simplement pour construire le kit, soit pour déployer ses potentialités.

À qui ce projet est-il destiné ?

Relais d’sciences est totalement investi dans l’aventure “Inmédiats”. Il était donc très clair pour moi, et pour Arnaud Cottebrune, que le projet devait s’adresser à des 15-25 ans en difficulté. Par contre, l’équipe de la Maison du Vélo ne voulait pas que le projet leur soit exclusivement réservé. Tous les usagers du FabLab et de la Maison du Vélo auront donc la possibilité d’électrifier leur vélo à moindre coût mais les jeunes restent notre priorité. Cette ouverture répond d’ailleurs à un impératif pédagogique : ne pas stigmatiser une population.

Pourquoi ?

Lorsque l’on vise un public particulier, il peut être contre-productif de lui adresser spécifiquement un projet. Dans notre cas, le risque était que le kit d’électrification soit perçu comme un outil bas de gamme destiné à une population défavorisée. Le rendre accessible à tous les publics nous permet d’éviter cet écueil.

“Hope & Bike” s’intéresse donc aux 15-25 ans mais eux, sont-ils intéressés par le vélo électrique ?

Dans le cadre d’autres activités, j’ai eu l’opportunité de me rendre dans un centre d’animation géré par l’association “Mieux vivre et détente” (AMVD). J’avais alors évoqué le projet avec les animateurs qui y ont vu un véritable intérêt pour des jeunes en difficulté. Pour ces professionnels, la question de la mobilité est centrale dans les problématiques d’insertion professionnelle : disposer d’un moyen de transport, c’est un pas vers l’autonomisation, la possibilité d’avoir un job en soirée, le week-end ou très tôt le matin quand les transports en commun sont rares voire absents.

Ce premier retour de terrain était très encourageant mais indirect. Nous avons donc lancé une enquête pendant l’été avec l’aide d’un usager de la Maison du Vélo pour recueillir l’avis des principaux concernés.

Quels sont les résultats de cette enquête ?

Cette enquête a montré que les jeunes ne considèrent pas le vélo électrique comme une priorité. Ca ne les motive pas.

Ah. Cela ne fait-il pas perdre tout son sens au projet ?

Non. Il faut relativiser ces résultats. Les jeunes n’ont pas une image très “glamour” du vélo électrique. Ils n’ont pas non plus toujours conscience que cela peut être pour eux le moyen d’accéder à un emploi.

Et puis, au-delà de ce premier constat, l’enquête nous a surtout donné des pistes pour réveiller leur motivation comme, par exemple, permettre la customisation du vélo ou encore leur offrir la possibilité de tester un vélo électrique. L’enquête nous a également fourni une donnée essentielle : le budget moyen maximum que les publics-cibles sont prêts à investir pour électrifier leur vélo. Il est de 120 euros.

On voit que le projet est très ambitieux. Il y a beaucoup de travail a réalisé. Comment vous êtes-vous organisé pour atteindre vos objectifs ?

Le projet est piloté par une équipe de 5 personnes : Cyril Beaux (Maison du Vélo), Michel Milhau (Orange Solidarité), Sylvain Steiger (Mission locale Caen la mer/Calvados centre), Parham Ahoor (AMVD) et moi-même. Le rôle de cette équipe est de définir la stratégie de dissémination du kit et d’appropriation par les jeunes.
En parallèle, la réalisation du kit est assurée par une équipe de 10 personnes coordonnée par François Trocque (Schneider) : 8 ingénieurs aux spécialités diverses (électronique, informatique, mécatronique) et 2 jeunes passionnés de vélo. Il faut d’ailleurs souligner qu’ils s’impliquent tous bénévolement dans le projet.

10 bénévoles. Est-ce que tu sais ce qui les motive à participer à ce projet ?

Le goût du défi et puis l’utilité sociale du projet. On est tous très fiers de participer à un projet avec une telle ambition.

Y compris les 2 jeunes ?

Auguste et Théo trouvent géniale l’idée de donner la possibilité à d’autres jeunes d’électrifier leur vélo. En tant qu’étudiants, ce projet est aussi une vraie opportunité pour eux. Ils échangent avec des ingénieurs expérimentés et apprennent beaucoup de choses. L’inverse est également vrai. D’ailleurs, Théo est en charge du développement du banc de test et gère sa propre équipe. Quant à Auguste, il est pleinement associé à la conception de la partie électronique.

Auguste et Théo sont jeunes mais on comprend qu’ils ne font pas vraiment partie du public ciblé par le projet. Pourquoi ne pas avoir intégré des jeunes en difficulté dès cette phase de conception ?

J’ai mentionné que la Mission locale faisait partie de l’équipe de pilotage. Dès le début, il m’a semblé indispensable de l’associer au projet pour s’assurer qu’il soit bien orienté vers les 15-25 ans.
On a bien sûr demandé à la Mission locale de nous adresser des jeunes pour participer aux réunions préparatoires. Certains sont venus mais ils se sont très vite désintéressés : la distance entre leur réalité et les sujets abordés par les membres du groupe était bien trop importante. Ils se sont sentis exclus.
Cet échec nous a permis de vraiment réfléchir à la question de la place des jeunes dans le projet, et notamment dans sa phase de dissémination.

Tu nous en dis plus ?

Il y a quelques temps, nous avions rencontré les représentants locaux de la Fondation Orange et nous avions évoqué l’appel à projets “FabLab solidaire pour les jeunes”. Nous savions déjà que ni Relais d’sciences ni la Maison du Vélo ne pourraient dégager le temps nécessaire pour assurer la promotion du kit auprès des jeunes et les accompagner dans l’électrification du vélo. “Hope & Bike“ a pour but de favoriser l’insertion professionnelle alors pourquoi ne pas engager des jeunes pour assurer ces missions ?
Grâce à la Fondation Orange, nous espérons donc pouvoir mettre en place un plan d’embauche de 3 jeunes par an dans le cadre de Contrats d’Aide à l’Embauche (CAE) dès mars 2015.
Tout au long de cette année, ils suivront un programme de formation qui leur permettra non seulement d’acquérir les compétences nécessaires au montage du kit mais aussi au pilotage de toutes les machines numériques du FabLab. Ils bénéficieront également d’un accompagnement personnalisé de la Mission locale pour les aider à surmonter les problèmes du quotidien qui empêche parfois le retour à l’emploi (logement, santé, finances, ...). Un accompagnement qui nous sera aussi fort utile pour mieux prendre en compte leurs difficultés.
Ces jeunes constituent le socle du projet “Hope & Bike”. Ce sont eux qui pourront en donner toute la mesure. Eux qui pourront aider, accompagner et former d’autres jeunes à électrifier leur vélo.
Nous espérons que cette expérience pourra leur redonner confiance et les aider à retrouver une place dans la société.

Et de 3... mais les autres alors ?

Notre objectif pour la première année est d’accueillir 100 personnes, principalement des jeunes. Leur accueil se fera sur une demi-journée. Ce temps d’aide à l’installation du kit sera l’occasion de transmettre les connaissances en électronique, en mécanique et en informatique, indispensables pour installer le kit et, si nécessaire, diagnostiquer et réparer les pannes les plus courantes.

Comment allez-vous “recruter” ces jeunes ?

La Mission locale et l’AMVD vont nous aider sur cette phase de mobilisation mais les meilleurs communicants seront certainement nos 3 jeunes salariés qui pourront partager leur expérience et, on l’espère, inciter d’autres jeunes à accéder à cette action.

L’aspect financier est également essentiel dans la réussite de ce projet. Comment abordez-vous cette question ?

La première clé du succès de ce projet est de faire en sorte qu’il s’autonomise financièrement. Pour l’instant, grâce à toutes les bonnes volontés impliquées, le coût du projet se limite aux achats directs, soit 1 000 euros. La prochaine phase de déploiement devrait s’avérer plus coûteuse avec la communication, la fabrication des kits et la mise en place du plan de formation des jeunes. Sur ce dernier point, nous espérons obtenir le soutien de la Fondation Orange. D’autres structures nous ont aussi fait part de leur intérêt.
Il y a ensuite le prix du kit. Grâce à notre enquête, nous savons qu’il ne devra pas dépasser 120 euros pour les jeunes. Pour y parvenir, la première chose à faire est bien sûr de maîtriser le coût de fabrication. Mais cela pourrait ne pas suffire. Nous réfléchissons donc à d’autres solutions comme la mise en place d’une aide des pouvoirs publics. L’enquête a également montré que les personnes plus âgées étaient prêtes à consacrer un budget plus important à l’électrification de leur vélo. Pourquoi ne pas inclure une part de solidarité dans le prix de vente à ces publics ?

Imagines-tu que ce projet puisse s’étendre au-delà de l’agglomération de Caen ?

C’est le propre de tous les projets “open source” mais, pour l’instant, je pense que le projet a encore besoin d’un temps d’incubation. Nous devons le consolider, le documenter et surtout voir comment il est accueilli par les publics. Passée cette phase, j’espère que “Hope & Bike” se déploie largement dans les territoires, à commencer par ceux des centres “Inmédiats”.

Tu es le FabManager de la MRI. Est-ce que “Hope & Bike” est représentatif des projets que tu souhaites voir se développer dans le FabLab de la MRI ?

J’imagine un FabLab ouvert où tout le monde doit pouvoir trouver sa place. Il va falloir que l’on trouve un juste équilibre entre des projets à haute valeur sociale comme “Hope & Bike” et d’autres comme “DarkLight” ou “Poppy” qui s’adressent à des petites communautés plus qualifiées. Des projets comme la "FFTBox" ou celui d’Elsa.R sont tous aussi importants. Des initiatives comme “Hope & Bike”, ce serait génial si on en avait une tous les 2 ou 3 ans. Pour un centre culturel comme le nôtre qui se veut un outil au service de la cité, ça a du sens.


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Le Dôme | Mise à jour : 2017-03-16 | Mise en ligne : 2016-11-18